Les pros: Philippe de Villefranche, la passion comme moteur

Philippe de Villefranche est un des tous premiers spécialistes des 4×4 anglais en France, que ce soit du point de vue de l’ancienneté comme de celui de l’expertise. Toujours motivé par une authentique affection pour les Land Rover, il continue, presque 30 ans après ses débuts, de trouver un plaisir quotidien à s’en occuper au sein de sa société Land Service. Voici son portrait signé par Luc Cavé pour le numéro 100 de Land Mag en 2011.

Nombreux sont ceux qui se souviennent de l’auto familiale dans laquelle ils ont passé leur enfance. Mais ils sont nettement moins nombreux à avoir décidé de l’associer à leur carrière. Philippe de Villefranche fait partie de cette deuxième catégorie. Alors qu’il était garçon, le véhicule de la ferme familiale, en Seine-et-Oise, était une Series II.

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« Cela a été mon premier contact avec la marque Land Rover, se rappelle Philippe. C’était le véhicule à tout faire de la ferme, incontournable à l’époque. Il n’y avait pas beaucoup de concurrence : la Lada Niva venait à peine d’arriver, Toyota visait une autre clientèle et les gros 4×4 américains consommaient trop. J’ai donc appris à tout faire avec cette Series II. Quelques années plus tard, je me suis retrouvé à restaurer des Jeep militaires achetées en Normandie et des Land avec des amis, puis nous les revendions. Dans le même temps, Pierre Jaunet, un ami guide touristique en Afrique, m’a demandé, ainsi qu’à mon cousin Jacques, de l’aider avec les Land qu’il utilisait pour l’agence de voyage Explorator ».

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« Il s’agissait de trois 109 qui roulaient au Niger, en Libye et dans le Ténéré d’octobre à avril, et le reste du temps, elles étaient en France ou en Italie. En septembre, je devais donc les préparer et les réviser. Toutes les trois saisons, il fallait par exemple changer leur moteur. C’était beaucoup de travail pendant trois semaines, et, sur la route pour aller prendre le bateau à Gênes, je dormais presque au volant. Sur place, pendant ces raids, j’ai appris la mécanique africaine, parce qu’on ne rencontrait pas les mêmes pannes qu’en France, comme des casses de lames de ressort. J’ai fait ça pendant plusieurs saisons, puis, tous les hivers, j’ai continué à partir en Afrique, avec mon cousin et des amis. Et quand je n’étais pas là-bas, le reste de l’année, j’avais un camion-grue et je faisais du transport dans le Vexin. »

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C’est à ce moment qu’une péripétie a aidé Philippe de Villefranche à faire des Land Rover son véritable métier. « C’est au milieu des années 1980, continue-t-il, que j’ai eu un déclic. J’étais parti à une vente aux enchères du Château de Thoiry, pour acheter une Series II 109 pick-up utilisée par le parc animalier. Comme un éléphant s’était assis sur le capot, tout l’avant était écrasé. J’ai donc pu l’acquérir pour une somme raisonnable. Et, après avoir mis la Land sur une remorque-plateau, en rentrant dans le Vexin, deux personnes m’ont interpelé à tour de rôle pour me demander si je pouvais leur vendre des pièces du pick-up. J’étais vraiment surpris : je pensais que les Land n’intéressaient que moi. C’est à ce moment-là, en 1985, que j’ai décidé d’en faire un vrai commerce, en créant la structure Land Service, à Ambleville dans un premier temps. J’ai donc arrêté de m’occuper des Jeep et de mon camion-grue ».

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« Au tout début, j’allais en Angleterre acheter des Land que je trouvais dans des journaux d’autos d’occasion, que je transformais en conduite à gauche, dans la fermette qui appartenait à mon oncle, poursuit Philippe de Villefranche. Et puis, j’ai mis une première annonce, toute petite, dans un magazine de chasse, ce qui a très bien marché. Ensuite, j’ai communiqué dans la presse 4×4. Je n’ai jamais mis d’annonce plus grosse que mon ventre. Mes tous premiers clients étaient donc des chasseurs, mais assez rapidement, les pratiquants de franchissement et les amateurs de raid sont arrivés. C’était une époque où j’avais deux, trois clients par semaine qui partaient en Afrique. »

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Pendant une dizaine d’années, Philippe de Villefranche a donc tenu son activité à Ambleville, faisant d’abord un aller-retour en Angleterre tous les quinze jours, puis toutes les semaines, ouvrant Land Service les vendredis, samedis et dimanches. « A l’époque, il n’y avait pas beaucoup de différences entre les véhicules, donc il n’y avait pas besoin de beaucoup de pièces. Avec 500 références, on faisait déjà beaucoup de choses, c’était un jeu d’enfant. » Le boss de Land Service situe le début de la « complication » avec l’arrivée des Range Rover à TVA récupérables, qui ont vraiment démocratisé ce véhicule et mis les Land Rover sur la route, puis du Discovery et du Freelander.

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« Il est vrai qu’aujourd’hui, avec les 13 000 références que nous avons, les proportions ne sont plus les mêmes, enchaîne-t-il. D’ailleurs, cela fait longtemps que je ne travaille plus tout seul, nous sommes une douzaine, et je ne fais plus autant d’allers-retours en Angleterre. En plus des pièces, nous avons aussi beaucoup développé la partie accessoires au fil du temps et nous nous occupons de l’activité Internet. Les Land Rover continuent de m’occuper à 100% et je ne m’ennuie jamais. Je ne trouve aucune monotonie dans mon travail. Il y a toujours des véhicules qui m’amusent, des contrôles techniques que je fais passer moi-même pour être sûr que la Land passe, parce qu’ils sont de plus en plus drastiques. Un de mes grands plaisirs reste le dépannage d’Anglais qui sont en vacances en France avec leur Land, pour qu’ils repartent contents et avec un service abordable ».

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« Il y a aussi beaucoup de clients étrangers, du Sud, de Corse etc, que l’on n’a qu’au téléphone et qui, quand ils passent dans la région, passent nous voir juste pour faire connaissance. Cela me permet de constater régulièrement et avec plaisir qu’un client sympa fait toujours oublier ceux des clients précédents qui étaient moins cordiaux. » Toujours sincèrement motivé par la volonté de prolonger l’existence des Land qui passent entre les mains de son équipe et de permettre à leurs propriétaires de pleinement les utiliser selon leurs souhaits, Philippe de Villefranche n’est pas près de se lasser des 4×4 anglais. Il n’imagine d’ailleurs pas spécialement mettre un terme à son activité : « J’ai toujours le nez dans le guidon. Et j’ai la chance d’avoir un fils qui aime les Land et qui travaille dans la société. La relève est donc assurée, mais elle n’est pas pour tout de suite ! ».

scanland007Celle par laquelle tout a commencé

Cette Series II 88 pouces bâchée 2 l ¼ Diesel de 1968 est celle qui a donné naissance à la passion de Philippe de Villefranche (à gauche sur la photo). Véhicule de la ferme de ses parents, c’est à son volant qu’il a appris à conduire à l’âge de 14 ans. « A l’époque, se souvient-il, les copains roulaient en Ford Capri et les filles préféraient ça. J’étais le seul de ma génération à rouler en Land. C’est aussi sur cette Series que j’ai commencé à faire de la mécanique. C’est l’auto de mon enfance, celle avec laquelle j’ai à la fois fait mes premiers tours de roue et connu mes premiers instants de liberté. Je l’ai même emmené à l’armée, pendant mon service militaire, et quand j’arrivais ou que je partais, le planton de la caserne me demandait son kilométrage, comme si c’était un camion militaire. »

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A la fin des années 1980, Philippe de Villefranche et sa femme décident de réunir leurs clients le temps d’un week-end convivial. Après un premier essai non concluant en Ardèche, Philippe et son cousin Jacques organisent le premier French National sur les terres familiales du Château de Thenissey, en Bourgogne, en 1989. Après avoir élu domicile dans les Ardennes puis en Bourgogne sur le terrain des Combes Grondées, le French National est revenu dans les Ardennes, à Signy-le-Petit, depuis 2016.

Pratique:

Land Service

2 rue de l’Ecole – 95420 Omerville France

Tél.: 01 34 67 76 85

www.land-service.com

 

À propos Vincent Boigey

Journaliste à Land Mag

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