Range Rover CSK, ange ou démon ?

La série limitée CSK est sans aucun doute la plus emblématique du Range Rover Classic. Produite à seulement 200 exemplaires en 1990, elle sublimait les talents du Range avec une finition unique et des performances jusque-là inédites. Mais elle a aussi marqué l’orientation de plus en plus routière du 4×4 de luxe de Land Rover…

Si en 1970 le Range Rover faisait figure d’extra-terrestre dans le paysage automobile mondial, 20 ans plus tard la concurrence avait fourbi ses armes et le Range devait évoluer pour survivre. De plus en plus de clients, aux États-Unis surtout, utilisaient leur Range presque exclusivement sur route, et demandaient en conséquence toujours plus de confort et de puissance. Par ailleurs, la première série limitée du Range, baptisée In Vogue, avait été un tel succès en 1981 que le nom Vogue était finalement resté pour désigner les finitions les plus chics disponibles dans la gamme Range Rover. Land Rover décida donc de lancer en 1990 une nouvelle série spéciale, plutôt huppée, de son 4×4 de luxe, et fit le choix étonnant de lui donner le nom de son créateur, Charles Spencer King (voir encadré). Mais le Range Rover CSK ne fut pourtant pas pas un simple « coup marketing » destiné à écouler un stock de Range Rover trop important : cette série spéciale allait marquer durablement l’évolution du Range Rover…

Un équipement inédit

Le Range Rover CSK obtenait en effet bien plus qu’un joli autocollant sur ses ailes avant et une plaque numérotée au tableau de bord, comme cela est généralement le cas pour les séries limitées. Les ingénieurs de Land Rover avaient délibérément choisi de modifier le comportement du Range au travers de plusieurs modifications. À commencer par une augmentation de la puissance du V8 de 3,9l, qui culminait à 185 ch (et 318 Nm de couple à 2600 tr/m) grâce à une nouvelle version de l’injection Lucas CUX, à de nouveaux injecteurs et à une ligne d’échappement modifiée.

Cela donnait à cette série limitée les performances les plus extrêmes jamais connues à bord d’un Range : 181 km/h en pointe et le 0 à 100 km/h en moins de 10 s ! Pour pouvoir profiter à plein de cette nouvelle puissance, le Range CSK se voyait doté d’une part de barres antiroulis sur les ponts avant et arrière, et d’autres parts d’amortisseurs spécifiques tarés plus fermement. Des choix techniques pas loin du sacrilège pour les landistes purs et durs de l’époque, qui savaient très bien que les barres antiroulis, si elles limitent effectivement les mouvements de caisse en virages, réduisent aussi les débattements des ponts, si utiles en tout terrain… Paul Marwick,  l’ingénieur responsable du CSK, indiquait lors de son lancement que les nouveaux amortisseurs et les barres antiroulis ne réduisaient les débattements que de 0,5 pouces de chaque côté, tandis que la tenue de route en virage était améliorée de 25%. Voilà pour la technique.

Côté esthétique, le CSK se dotait d’une finition digne d’une sportive : peinture noire laqué exclusive Beluga Black, relevée par de fines lignes argentées sur les flancs, spoiler avec phares antibrouillards, parechoc chromé agrémenté de deux phares longue portée, jantes en alliage bi-ton noires et métal. Chic, discret et très efficace ! À l’intérieur l’ambiance est raccord avec du cuir beige sur les sièges, les portes et le volant, du bois de noyer américain un peu partout ailleurs. Le conducteur trouvait à sa disposition les derniers équipements de l’époque : ABS, autoradio à code avec 6 haut-parleurs (avec chargeur pour 12 CD dans le coffre en option !), vitres, toit ouvrant et rétroviseurs électriques, climatisation, fermeture centralisée. Sa seule option au moment de signer le chèque de près de 30 000 Livres consiste à choisir entre boite manuelle à 5 rapports ou boite automatique à 4 rapports…

Si certains de ces équipements étaient disponibles en option sur les Range 4 portes Vogue SE, le CSK est le seul 2 portes à être harnaché de la sorte. Au volant, les modifications apportées par les ingénieurs de Solihull semblent porter leurs fruits : les essayeurs de l’époque louent la transfiguration du Range CSK, qui accélère fort et tient le pavé « presque » comme une berline, en tout cas bien mieux qu’un Range Rover « normal ».

Le début des Range routiers ?

Interviewé en 2004 sur Land Rover en particulier et l’automobile en général, Charles Spencer King livra à la surprise générale une critique en règle du succès des SUV. « Les 4×4 n’ont jamais été conçus comme des symboles de réussite sociale, mais les dernières évolutions de ma création semblent être destinées à cette fin » se désolait l’ingénieur. « Je trouve les gens qui les utilisent comme tels vraiment repoussants. Malheureusement, les 4×4 sont devenus une alternative aux berlines Mercedes ou BMW pour les conducteurs prétentieux, imbus d’eux-mêmes. Utiliser un 4×4 pour aller à l’école, ou même en ville, est complètement stupide ». Fermez le ban. Et pourtant, paradoxalement, c’est la série limitée du Range portant son nom qui va ouvrir la voie à une orientation toujours plus routière de la gamme Range.

Les caractéristiques uniques du CSK (V8 de 185 ch, barres antiroulis, amortisseurs plus fermes, équipements en hausse) allaient rapidement être étendues à toute la gamme du Range Rover Classic – pour le plus grand bonheur de la plupart de ses clients, il faut dire. Le Range CSK, version sportive à 2 portes conçue plus pour l’asphalte que pour les pistes, préfigurait en fait l’arrivée en 2005 du Range Rover Sport, et aujourd’hui de la version SVAuthobiography Dynamic du Range L405, avec son V8 poussé à 550 ch et sa suspension pneumatique rabaissée.

Fiche technique Range Rover Classic CSK

Fiche technique Range Rover Classic CSK

MOTORISATION

Type V8 essence

Suralimentation –

Cylindrée 3 947 cm3

Taux de compression 9.35:1

Puissance max. 185 ch à 4750tr/min

Couple max. 318 Nm à 2600 tr/mn

TRANSMISSION

Boîte de vitesse manuelle LT77, automatique ZFHP22

Boîte de transfert Borg Warner

Direction assistée Hydraulique

Blocage de différentiel central Viscocoupleur

FREINAGE

Freins avant Disques ventilés

Freins arrière Disques

ABS Wabco

SUSPENSIONS

Avant Amortisseurs « sport » + ressorts

Arrière Amortisseurs « sport » + ressorts

ROUES

Jantes Alliage 7×16 pouces

Pneus Michelin XM+S 244 en 205R16 T

CHÂSSIS/CARROSSERIE

Barre antiroulis

Peinture Beluga Black

ÉQUIPEMENT INTÉRIEUR

Autoradio 6 HP à code

Climatisation

Cuir beige perforé intégral

Vitres et toit ouvrant électriques

Rétroviseurs chauffants et électriques

Fermeture centralisée

ÉQUIPEMENT EXTÉRIEUR

Phares antibrouillard avant/arrière

Phares longue portée

PERFORMANCES

Vitesse max. 181 km/h

0 à 100 km/h 9,9 s

Poids 2011 kg (BVM)/2042 kg (BVA)

Consommation

18,1 (ville)/10,5 (route)/13,4 (autoroute) l/100 km

À propos Vincent Boigey

Journaliste à Land Mag

8 plusieurs commentaires

  1. une bonne voiture elle avait plus de geuele que les nouveaux modéles

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