Actualités Amadeus Matzker, le faiseur de miracles

Amadeus Matzker, le faiseur de miracles

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5. Etappe, Freitag 2.11.

Le préparateur allemand Amadeus Matzker est mort il y a quelques semaines des suites d’un accident automobile en Mauritanie. Afin de rendre hommage à ce pionnier de la prépa sur Land Rover, voici le portrait de lui et de son entreprise que nous avions publié en 2008 dans Land Mag 70.

Un Defender qui roule sans peine à 150 km/h, un Range Rover TDV8 qui grimpe sur des échasses, un Freelander 2 qui chausse des roues de 20 pouces… Ce n’est ni la « Petite boutique des horreurs », ni une réunion de phénomènes de foire. Ce sont bel et bien les véhicules garés devant les locaux d’Amadeus Matzker, préparateur allemand de Land Rover… et de renom ! Entrez, entrez, mesdames et messieurs, n’ayez pas peur ! Tout ce que vous allez voir est vrai !

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En déambulant sur Robert Perthel Strasse, dans la proche banlieue nord de Cologne, en Allemagne, on croise de nombreuses concessions automobiles. Celle qui nous intéresse aujourd’hui est évidemment une Land Rover et, de loin, elle ne semble pas bien différente de celles que l’on rencontre habituellement. Mais lorsque l’on se rapproche, on se rend compte que la plupart des Defender garés à l’extérieur ont des prises d’air sur les ailes, une suspension modifiée peinte en violet et un élégant pare-chocs avant avec deux ou quatre phares intégrés. Les Landistes un peu curieux auront reconnu la patte d’Amadeus Matzker, un des grands noms du monde des 4×4 anglais. A 41 ans, il vit de sa passion depuis 1987, année pendant laquelle il ouvre, avec un ami, son premier garage spécialisé dans les Land Rover.

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Le hasard des dates a toujours bien fait les choses pour Amadeus. En effet, au cours des années précédentes, il avait déjà parcouru l’Afrique dans presque tous les sens à bord de Series III 109 ou de Land 110, mais aussi de 4×4 d’autres marques. « Mais il y avait toujours ce problème de puissance, se souvient-il, qui rendait les moqueries des voyageurs en Toyota assez courantes, surtout dans les dunes. Et puis, en 1987, la marque a lancé le Land Rover avec un moteur turbodiesel et les choses se sont mises à changer. Ce 4×4, que j’aimais déjà pour ce qu’il incarnait, est véritablement devenu mon véhicule tout terrain préféré, le meilleur pour les grands voyages, les longues distances et les terrains difficiles. »

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La même année, pour des raisons commerciales, Land Rover Allemagne a décidé de mettre fin à l’importation de ce même Land. Comme la nature a horreur du vide, Amadeus s’empressa de combler ce manque et devint l’un des principaux pourvoyeurs de « cubes d’aluminium » d’Allemagne. « Notre activité principale était la vente de véhicules et leur entretien. Mais très rapidement, comme j’en avais l’expérience, nous nous sommes ouverts à la préparation pour les raids africains. Dans les années 90, l’arrivée des moteurs Tdi sur les Range Rover et Discovery nous a amené une nouvelle clientèle et nous avons commencé à travailler plus fréquemment sur ces véhicules. En 1996, Land Rover Allemagne reprit l’importation du Defender. J’ai alors eu peur de subir une grande pression sur ce marché, mais il s’est en fait développé. Le Def était devenu un véhicule connu et on en voyait beaucoup plus sur la route. C’est ce qui nous a poussé à augmenter notre offre sur les façons d’améliorer les performances du Defender et sa suspension. »

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Le début des années 2000 marque l’ajout d’une nouvelle corde à l’arc Matzker. « Pendant longtemps, explique-t-il, j’ai voulu m’engager en compétition tout terrain avec des Land Rover. J’ai travaillé un moment avec Mitsubishi Allemagne, pour qui je conduisais des voitures presse en marge de rallyes. J’ai pu observer comment ces compétitions fonctionnent, quelle puissance est nécessaire et comment l’adapter aux Land Rover. Seulement, je ne comptais m’engager qu’en Diesel, et ils ont toujours été trop faibles pour une utilisation sportive… sauf quand le bloc Td5 est né, en 1999. L’introduction d’un calculateur électronique nous permettait de pousser la puissance à environ 200 ch, ce qui est une bonne base pour un véhicule de rallye-raid. En 2001, notre petite équipe a participé à sa première Baja, en Espagne, et nous sommes assez fiers de dire que nous avons bouclé tous les rallyes auxquels nous avons participés. »

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Amadeus Matzker ne s’est pas désintéressé de son activité de véhicules neufs pour autant. Entre 2001 et 2002, devant l’accroissement de la place prise par l’électronique dans les 4×4 anglais, il a décidé de se rapprocher de Land Rover Allemagne et de devenir concessionnaire officiel pour avoir un accès plus direct aux informations technologiques de la marque. « Cela s’est concrétisé en 2004, précise-t-il. C’était là encore une année importante, celle du lancement du Discovery 3, et nous avions déjà des produits spécifiques à proposer. Après, ce fut l’avalanche de nouveaux modèles et il nous a fallu nous concentrer sur le développement d’accessoires pour tous, afin d’augmenter le caractère polyvalent propre à tous les Land Rover. L’aboutissement de cette démarche, c’est notre Range Rover TDV8. Il peut rouler à 230 km/h, avec une tenue de route et un confort dignes des grandes berlines de BMW ou Mercedes, tout en restant un 4×4 performant. Nous ne cherchons pas à spécialiser nos véhicules dans une catégorie, la route, le franchissement, le raid… : selon nous, un Defender doit avoir une bonne tenue de route même s’il est préparé pour le tout terrain. Les Land Rover permettent cela. Les ingénieurs anglais sont bien conscients que nombre de leurs clients sont susceptibles de se retrouver dans des endroits isolés, loin des réseaux de réparation. C’est d’ailleurs pour cela que même si les Land ont de plus en plus de sécurités électroniques, celles-ci n’immobilisent vraiment le 4×4 que dans les cas les plus graves. »

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La clientèle de Matzker en est d’ailleurs bien consciente, puisqu’il s’agit en grande partie de professionnels. « Il s’agit de gens qui utilisent leur Land au quotidien, des forestiers, des jardiniers ou encore dans les carrières de la région. Nous avons aussi une clientèle aisée, qui cherche un Land avec la même puissance qu’un Volkswagen Touareg V10 TDI ou qu’un Mercedes ML 400 CDI. Enfin, les pratiquants de raids ou de rallye font également partie de nos relations fréquentes. Cette variété me plaît beaucoup, elle nous oblige à répondre à des exigences très différentes. A partir de 2004, il s’est agi pour Land Rover d’aller chercher des consommateurs habitués à d’autres marques : en Allemagne, quand il se vend 200 à 300 Disco 3 ou Range Sport, il se vend 1 000 Touareg ou Audi Q7 ou BMW X5 et plus de 1 000 ML ! Malgré tout, ces véhicules nous ont apporté une clientèle un peu plus fraîche et désireuse de se frotter aux loisirs tout terrain. »

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A l’instar des 4×4 anglais et des autres grands noms de cette passion, les domaines de compétence d’Amadeus Matzker sont très vastes et variés. Toujours désireux de trouver des solutions pour pousser les Land modernes dans leurs derniers retranchements et parfaire le travail de Land Rover, cet homme, qui comme beaucoup a un grand ovale vert à la place du cerveau, devrait encore en faire rêver beaucoup dans les années à venir.

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IMG_2580Et les Series ?

Amadeus Matzker avoue sans difficulté que le travail sur les vieilles Land n’est pas son point fort. Non pas que son équipe ne sache pas le faire, bien au contraire, mais dans la logique de la société, cela n’est souvent pas rentable. « Ce que je veux dire, détaille Amadeus, c’est que les vieux 4×4 qui arrivent chez nous sont souvent en mauvais état. Nous pouvons tout à fait les restaurer, mais notre démarche première est de faire des véhicules fiables, quel que soit leur âge. Et pour arriver à cela, notre travail risque au final de coûter assez cher, ce qui est évidemment rarement dans l’intérêt des clients, sauf pour les vrais passionnés. Mais à l’inverse, nous pouvons aussi faire des commandes « sur mesure ». Si l’on m’amène un Land de 1987 en mauvais état en me demandant d’en faire une bête de course, comme l’a fait un client récemment, c’est tout à fait possible. Nous allons acheter un châssis neuf, poser un V8 essence de 340 ch, une boîte de vitesses et des ponts renforcés type rallye, et remonter la caisse d’origine autour. Ce sont des modifications que nous ne pouvons pas faire avec les modèles plus récents, qui sont presque conçus autour de l’électronique et ne peuvent s’en passer, à moins de travaux encore plus importants. »

 

MatzkerDisco3OffRoad32-1Suspension de pointe

Depuis plusieurs années, la plupart des véhicules préparés dans les ateliers Matzker sont équipés de suspensions HT. Cette société hollandaise qui existe depuis 1987 développe des produits haut de gamme pour automobiles, aussi bien pour la compétition que pour un usage quotidien. Leurs ressorts et amortisseurs permettent ainsi au Defender, notamment, d’avoir un bien meilleur comportement routier tout en faisant gagner du débattement pour le franchissement. HT et Matzker travaillent actuellement sur un nouveau modèle d’amortisseurs inédits, à la fois hydrauliques et pneumatiques, à hauteur variable, et qui assurent également la fonction du ressort hélicoïdal. Des prototypes ont été essayés sur le 110 de course d’Amadeus lors du dernier rallye de Dubaï.

 

IMG_2608La préparation moteur, une spécialité maison

C’est en grande partie pour son activité de préparation électronique des moteurs de Land qu’Amadeus Matzker est connu. « Pour beaucoup de gens, et parfois pour nous aussi, l’électronique n’a que des défauts, s’amuse-t-il. Nous cherchons cependant à en saisir les bons côtés et à les exploiter. Pour ce faire, nous passons beaucoup de temps en développement de nos boîtiers additionnels, le seul mode d’intervention que nous proposons. Grâce à eux, nous n’intervenons pas sur les réglages d’origine du Land et ils sont déconnectables. A chaque nouveau moteur lancé par Land Rover, nous procédons à des tests extrêmes pour saisir le seuil de fiabilité de nos produits. Ainsi, nous avons poussé un boc TDV6 dans ses limites de fonctionnement : les collecteurs se sont déformés, le turbo a lâché, les culasses ont travaillé et les pistons ont brûlé. Sur le 2,4 l TD, nous nous sommes rendus compte qu’en augmentant trop la puissance, c’est le turbo qui casse en premier. Le moteur fonctionne encore après, mais pas dans des conditions saines. Nous proposons donc des boîtiers qui ne vont pas au-delà de ce seuil. Et pour la compétition, nous posons également une boîte à air qui offre moins de résistance, un système de refroidissement amélioré et nous démontons tout ce qui est dispensable, comme le système EGR de recyclage des gaz d’échappement. »